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Vite, nationalisons les banques !



Pendant que les finances mondiales peinent à nourrir et à assurer la santé et la sécurité des humains, les banques accumulent des milliards et ne redonnent rien. Et si on récupérait ces mines d’or pour en faire des revenus collectifs ?


Genèse des banques

Au départ le principe du fonctionnement des banques était simple : le principe du 3-6-3. Une institution conservait vos épargnes en sécurité en vous offrant 3% d’intérêt par année. Le banquier prêtait la somme avec un taux d’intérêt de 6% et à 3 heures il allait jouer au golf (3-6-3).


Mais, avec le temps, les banques réduisirent le pourcentage offert aux épargnants et augmentèrent le pourcentage des intérêts sur les prêts. Et c’est là que le déséquilibre s’est installé. En quelques décennies, les institutions bancaires devinrent ultras riches. Et les services qu’ils offraient devinrent de plus en plus coûteux. Les banques étaient devenues des super commerces d’argent.


Des moulins à fric

En cinquante ans, les gardiens des économies de la population devinrent les acteurs les plus fortunés de la société. Des milliards de profit, des millions en salaires pour les dirigeants. Et tout cela, sans retour ou presque vers leurs clients.


« Les banques sont au nombre des sociétés les plus riches et les plus rentables du Canada. Les six plus grandes institutions financières forment un oligopole puissant, qui domine le marché financier et qui ne nous laisse pas beaucoup de choix comme consommateurs. […] plusieurs se demandent si les banques s’enrichissent à notre détriment. Cette question est tout à fait légitime.


Il faut dire que, beau temps mauvais temps, ces entreprises dégagent des profits importants. Durant la pandémie, par exemple, les revenus bancaires ont continué d’augmenter malgré le profond ralentissement de l’économie qu’on a connu en 2020.


[…] les dirigeants des grandes banques ont continué de s’enrichir durant la pandémie. Les PDG des cinq plus grandes institutions ont touché une rémunération totalisant 57 millions de dollars en 2020. Ce montant est passé à 70 millions l’année suivante, en hausse de 23 %.

» 1 Gérald Fillion – Radio-Canada


Moins de services, plus chers

En plus, avec l’arrivée de l’informatique on a aboli des milliers de postes de préposés à la caisse pour les remplacer par des guichets automatiques. Et, aussi incroyable que cela peut paraître, on nous impose des frais pour chaque utilisation de ces appareils qui font économiser aux banques le salaire d’employés.


Personne ne dit rien, car les grandes banques sont libres. Faisant face à peu ou pas de règlementation elles sont appuyées par des lobbys tentaculaires. De plus, ces géants disposent d’immenses pouvoirs grâce aux leviers financiers qu’ils contrôlent. Comme le serpent à plusieurs têtes de la mythologie, si on ne l'arrête pas, le capitalisme grossira sans limites et sans scrupules.


Les scandaleuses recettes

Afin d’illustrer l’accumulation scandaleuse des richesses par les institutions bancaires privées, nous utiliserons les budgets annuels des six grandes banques canadiennes.


Le stratagème est le même pour les empires bancaires des autres pays du monde. Pour les manieurs d'argent, l’appât du gain n’a pas de limites ni de nations.

En 2022, les six grandes banques canadiennes ont cumulé des revenus de 194,6 milliards. La même année, le Canada accusait un déficit budgétaire de 36,4 milliards.2


Ironiquement, les banques redonnent peu. Par exemple, en 2020, la participation des banques dans le PIB (produit national brut) canadien était d’environ 3,8 % (ou plus de 68 milliards de dollars). Et les impôts versés au Canada en 2020 par les six grandes banques totalisaient 12,5 milliards de dollars.3


KPMG - Évolution du secteur bancaire : Analyse des résultats de 2022 - réf: 2

Chez l’oncle Sam

Aux États-Unis la dérive orgiaque des finances bancaires n’est différente du Canada que par sa démesure.


Mille milliards en dix ans. Jamais les six plus grandes banques américaines n'avaient cumulé autant de profits en une décennie. C'est l'agence Bloomberg qui a découvert ce record, en additionnant les millésimes de 2013 jusqu'aux prévisions de résultats pour 2022, dont certains ont été publiés ce vendredi. 4

Le pire, c’est qu’en 2008, les banques américaines ont poussé l’outrage jusqu’à demander l’aumône au gouvernement sous prétexte qu’elles étaient « trop grosses pour faire faillite » (too big to fail).


La crise financière de 2008 a commencé avec un crédit bon marché et des normes de prêt laxistes qui ont alimenté une bulle immobilière. Lorsque la bulle a éclaté, les banques se sont retrouvées avec des milliards de dollars d'investissements sans valeur dans des prêts hypothécaires à risque.5


Nationalisons-les !

Pourquoi ne récupérerions-nous pas ces milliards pour les retourner dans la collectivité ? La nationalisation des banques n’est pas une illusion ; bien des États l’ont fait déjà.

Bien sûr, aussitôt que l’on parle de nationalisation, les ténors financiers crient au communisme. Spécialement aux États-Unis où le droit sacré à l’individualisme fait rugir les socialismophobes face à toutes mesures collectives, égalitaires ou communautaires.


Mais au-delà des idéologies, il est de plus en plus évident que l’ère du capitalisme a fait son temps. La planète entière craque sous les manques criants en nutrition, en santé et en éducation pendant que les coffres des banques et de leurs dirigeants engrangent des milliards.


« […] le premier objectif doit être la maîtrise du crédit, au moyen de la nationalisation, au moins partielle, du système bancaire, qui est à la source de la crise actuelle. Tel qu’elles fonctionnent actuellement, la plupart des banques ont déserté leur mission essentielle, à savoir la collecte des capitaux au service de l’expansion économique, au profit d’activités purement spéculatives et nuisibles. Le but de la nationalisation est de ramener le système bancaire à sa fonction productive. »6


Maîtriser notre économie

Lorsque les banques sont sous contrôle gouvernemental, la capacité à façonner notre avenir sur le plan social, écologique et économique est renforcée. Peuvent être instaurées des mesures telles que des prêts sans intérêts pour les PME (petite et moyenne entreprise) ou pour les commerces émergents ainsi que des prêts hypothécaires aux taux variant en fonction des revenus de l’acquéreur.


De plus, les milliards récupérés par le trésor public permettent des réductions majeures des impôts et l’ajout de milliards pour la santé, l’éducation et les services sociaux. Les pays en déficit budgétaire verraient fondre leur dette, épargnant ainsi des petites fortunes en intérêts.


L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS)7 suggère une nationalisation complète des banques privées « pour en faire un second réseau parallèle » qui serait divisé en plusieurs établissements publics. Chaque succursale aurait un siège dans un conseil d’administration central, et deviendrait à terme une Banque populaire.


« Le système capitaliste n’arrive pas à fournir les besoins de base dans la population et montre, plus que jamais, ses limites » Mme Audrey Laurin Lamothe, chercheure à IRIS.8


Un tel afflux d’argent serait providentiel pour les États dont le budget est inférieur aux revenus des banques de leur pays. Et, par le fait même, la centralisation des opérations bancaires par l’État bénéficierait des contrôles fiscaux gouvernementaux ; ce qui mettra fin à beaucoup de fuites vers les paradis fiscaux. La perte des impôts que payaient les banques est dérisoire face aux revenus récupérés.


Impossible ? D’autres l’on fait

En Amérique et dans bien des pays où les banques sont reines, on persiste à dire que la nationalisation des banques est une lubie vouée à l’échec. Et personne n’osera admettre que le système économique américain est un immense cache-misère.


Mais les faits révèlent une tout autre réalité lorsqu’on découvre les Nations qui ont pris les banques par les cornes et se les sont appropriées au nom et pour les citoyens. C’est le cas de la France, de l’Inde, de la Grande-Bretagne, de l’Islande, du Portugal, de l’Espagne et de l’Ukraine. La plupart de ces changements de régime eurent lieu en réponse à la crise financière de 2008.


Ceux qui ont agi

Nous avons choisi sept États qui ont agi et relevé leur économie en nationalisant leurs institutions bancaires privées. Bien que les processus d’acquisition et les méthodes législatives de transition des actifs vers l’État furent différents, le but a été le même pour tous : se réapproprier les leviers économiques pour en faire des outils collectifs.


  • France

Après la Deuxième Guerre mondiale, la France entreprit de nombreuses nationalisations dont celles de la loi du 2 décembre 1945 relative à la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques.9


Plus tard, sous François Mitterrand la loi du 13 février 1982, permet la nationalisation de grands groupes industriels et de 39 banques.10


  • L’Inde

En juillet 1969, le gouvernement d’Indira Gandhi fait passer 14 banques sous le contrôle de l'État. La décision relève d'un calcul politique complexe et contribuera à la réélection de Mme Gandhi en 1971.


« La plus grande transformation de la politique de prêt que nous désirons implanter est que l'octroi d'un prêt ne doit pas dépendre de la sécurité de remboursement, mais de la qualité du projet présenté. » Indira Gandhi11


  • Grande-Bretagne

En 2008, le Trésor du gouvernement britannique acquiert 50 milliards de livres d'au moins huit des plus grandes banques du pays, dont HBOS, Barclays et Royal Bank of Scotland.12


  • L’Islande

En 2009, le Parlement islandais a adopté une loi permettant de mettre les banques sous la coupe de l'État.


Petit pays de 313 000 habitants, l'Islande a fondé sa prospérité sur la pêche, puis, depuis une quinzaine d'années, sur son système financier. Les actifs gérés par les trois banques nouvellement nationalisées représentent neuf fois le produit intérieur brut (PIB) du pays.13


  • Portugal

En 2008, le gouvernement portugais nationalise la BPN (Banco Portugues de Negocios).14


  • L’Espagne

Le gouvernement espagnol a pris, en 2012, le contrôle de Bankia, la quatrième plus importante banque du pays. La Banque d'Espagne se fait rassurante, soutenant que Bankia est une entité solvable.


« Bankia poursuit ses opérations absolument normalement et ses clients et dépositaires n'ont aucunement à s'inquiéter. »

Extrait d'un communiqué de la Banque d'Espagne15


  • L’Ukraine

En décembre 2016, afin d’assurer la stabilité du système bancaire, le gouvernement ukrainien a nationalisé 100 % de la PrivatBank, où la moitié des Ukrainiens ont un compte.16




 

De monstre à providence

Comme le démontrent les deux dernières décennies, poussés par les crises financières et après de longues hésitations, bien des gouvernements ont fini par nationaliser leurs banques. Ces Nations ont retrouvé les rênes de leur économie et repris contrôle de leurs ressources. Les requins qui les grugeaient se sont métamorphosés en « vaches à lait ».


« Grâce aux mandats publics, il sera possible d’investir d’une manière socialement équitable dans nos communautés, dans les services publics et le passage à une économie à faibles émissions de CO2. Mettre l’accent sur la stabilité plutôt que sur les profits permet de libérer des moyens pour l’octroi de prêts utiles socialement.


Les banques publiques sont extrêmement stables : en 2016, le Top 9 des banques les plus sûres dans le monde étaient publiques. »17



Épilogue

À travers l’Histoire, les tenants du capitalisme ont toujours vivement critiqué l’idéologie communiste, alors que les partisans du communisme furent toujours en complet désaccord avec les principes du capitalisme.


Pourtant au départ, les deux systèmes avaient, théoriquement, les mêmes chances de succès. D’une part un système qui promettait la possibilité de richesse pour chaque individu, de l’autre côté, on garantissait une part égale des ressources pour tous. Mais, les deux tendances goûtèrent aux plus grands dangers : la cupidité et l’appât du gain.


Finalement, le temps aura lui-même façonné un régime socio-capitalo-communo-démocratique. Ainsi, en nationalisant les banques et pourquoi pas les entreprises qui exploitent en privé nos ressources, nous pourrions colmater toutes les fuites de ces capitaux qui font gravement défaut à ces sociétés dont les besoins et la faim est loin des préoccupations politiques et financières. Oui, on peut. Faisons-le.



Merci aussi à ceux qui n’ont pas lu.



 

RÉFÉRENCES


1

Gérald Fillion - 5 novembre 2022


2

KPMG - Évolution du secteur bancaire : Analyse des résultats de 2022


3

Association des banques canadiennes - Faits saillants du système bancaire canadien


4


5

Investopedia - What Caused the 2008 Financial Crisis’ (Traduit par l’auteur)


6


7


8


9

Banque de France - Loi du 2 décembre 1945


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