Calembours et jeux de mots


Depuis le début de l’écriture, l’humain a compris qu’il pouvait jouer avec les mots. C’est ainsi que, parallèlement à la « littérature sérieuse », apparurent les jeux de mots. Remplacement de lettres, inversion de sens et de sons, les amusements de paroles sont sans limites. Donc, sans ouvrir une boîte de pandas, cherchons ensemble une anguille dans une botte de nain.



Le calembour ou kakemphaton

Tout le monde, peut-être sans le savoir, a créé un jour un calembour.


Le calembour est un jeu de mots qui repose sur l’équivoque que provoque l’emploi de mots à double sens, ou de termes dont la prononciation est semblable ou identique, mais dont le sens diffère. L’effet comique vient de la double interprétation que l’on peut faire de ces phrases.1


Parfois un lapsus ou un « fourchement » de la langue suffit à enfanter un de ces jeux de mots parfois succulents. En voici quelques exemples glanés ici et là sur le web.


« On ne peut pas dire que ce roman de Tolstoï ne soit guère épais. »

Chassez le naturiste, il revient au bungalow

Vieux motard que j’aimais (mieux vaut tard que jamais)

On n’est pas sorti de l’eau, Berthe! (on n’est pas sorti de l’auberge)

Mais le bébé, il sait pas, il sait pas à quel sein se dévouer,

pour lui, c’est la mère à boire. (Marc Favreau [Sol]; au lieu de saint, vouer et mer)


Des mots qui se ressemblent

Chercher une anguille dans une botte de nain (chercher une aiguille dans une botte de foin)

Être chargé comme un mulot (être chargé comme un mulet)

Vendre son âne au diable (vendre son âme au diable)

Ouvrir une boîte de pandas (ouvrir une boîte de Pandore)

Il y a loin de la soupe aux lièvres (il y a loin de la coupe aux lèvres)

Une vérité de la police (une vérité de La Palice)


Des mots à plusieurs sens

Il aime jouer aux dames, il a des robes plus jolies que les miennes!

Pour donner à sa maison un air d’été, il a accroché une jardinière sous sa fenêtre… la pauvre a hurlé toute la journée qu’on vienne la secourir!

Les mots-valises

Délicaresse, Kama-sous-draps

L’alpha et l’homme-méga (oméga)

Elle aimait la musique du monde et les mariacha-cha-cha!

Mon collègue fait de l’assiduité gastrique.2



En vrac

On se plaint qu’il n’y ait plus de place dans les hôpitaux, alors qu’ils sont remplis de lits vides. (livides)


Un conflit de canards.

Travailler plus pour gagner plus, mais si tu végètes, t’as rien.

Le cinéma rend flous les comédiens.

Je vous remercie pour votre bon thé.

Manquer de respect à un souverain musulman est insultant.

Des mitraillettes, la Corse en vend des tas.

Les mots rendent les cris vains.


Astérix en Hispanie

À l’instar des animaux, il faut laisser les mamies faire.

En s’asseyant sur une chaise inconfortable, on a le dos scié.

C’est fou ce que le sexe ça génère.

Trop manger est un péché, c’est en tout cas ce que beaucoup de gourmands disent.

Un sale ami mérite d’être charcuté.

Le veau qu’a bu l’air.

Dans ces eaux-là, comme dirait Émile…

Toute étudiante d’une université renommée en sort bonne.

À force de découvrir Dieu, ils vont finir par l’enrhumer.

On n'a jamais vu de camion si terne.3


« J’aime manger épicé, mais pas en même temps » Coluche

Les anagrammes

Ici, le jeu consiste à trouver différents mots que peuvent composer les lettres d’un mot.

Exemple :

aube - beau

chien - Chine - niche

chicane - caniche

cuvé - vécu

imaginer - migraine

la crise économique - le scénario comique

Albert Einstein - rien n'est établi

ordinateur - dur notaire

centrales nucléaires - les cancers et la ruine

le commandant Cousteau - tout commença dans l'eau4



Le pangramme

Il s’agit d’écrire des phrases qui contiennent toutes les lettres de l’alphabet :


Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume.

Voyez le brick géant que j'examine près du wharf.


L’anaphrase

Une anaphrase est une phrase contenant des anagrammes :


Le CATCHEUR CHARCUTE son adversaire.

Ces LIMEURS ne sont pas du genre à SIMULER.

En CHINE, chaque CHIEN a sa NICHE.

La RELIGION inventa le concept de péché ORIGINEL.



Le verlan

Il s’agit d’inverser les syllabes des mots dissyllabiques. (verlan = l’envers) Voici le premier vers de la fable « Le Corbeau et le Renard » :

Le Beaucor et le Narre

Maître Beaucor sur un arbre chéper...5




Les vers holorimes

Contrairement à des vers classiques qui ne font rimer que la dernière syllabe, les vers holorimes font rimer l’intégralité du vers :


« Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,

Danse et bois aux tonneaux, graves et rhums antiques » - Jacques Prévert.


« Étonnamment monotone et lasse

Est ton âme en mon automne, hélas ! » - Louise Vilmorin6


Mots d’esprit célèbres

Pour en finir, voici des mots d’esprit que de grandes ou de petites personnes nous ont offerts.


Une pensée est une idée de passage.

Citation de Pythagore ; Les fragments - VIe s. av. J.-C.


Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.

Citation de Jacques Prévert ; Fatras (1966)


Si cela va sans dire ; cela ira encore mieux en le disant.

Citation de Charles-Maurice de Talleyrand ; Réponse au prince Von Hardenberg - 6 octobre 1814.


C'est en sciant que Léonard devint scie.

Citation de Francis Blanche ; Les pensées, répliques et anecdotes (1972)


Dieu est formidiable !

Citation de Jacques Prévert ; Soleil de nuit (posthume, 1980)


Les bons comtes ont les bons habits.

Citation de Honoré de Balzac ; Les célibataires, La rabouilleuse (1842)


C'est aveuglant de clarté.

Citation de Woody Allen ; Dieu, Shakespeare et moi (1975)


Elle était aussi bien de fesses que de face.

Citation de Raymond Queneau ; Les enfants du limon (1938)


La dernière fois que j'ai pénétré une femme, c'était en visitant la statue de la Liberté.

Citation de Woody Allen ; Les crimes et délits (1989)7


 

Épilogue

L’auteur inconnu a dit : « Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction ». C’est peut-être ce qui explique ce besoin de jouer avec les mots. Ne dit-on pas que rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose.


Rire avec les mots, n’est-ce pas une bonne manière de ne pas prendre la vie trop au sérieux. Oui, les mots peuvent libérer des maux. Et comme le dit Georges Bernard Shaw : « Depuis que j'ai appris à rire de moi-même, je ne m'ennuie plus jamais. »


Merci aussi à ceux qui n’ont pas lu

 

RÉFÉRENCES

1

La culture générale


2

Clefs du français pratique


3

La culture générale


4

Alloprof - Anagramme


5

Ralentir travaux Jeux littéraires


6

TV5-Monde - Les holorimes


7

Mon Poeme.fr - Mots d'esprit