Le non verbal, cet inconnu



Peu de gens sont habilités à discerner tout ce qu’exprime leur interlocuteur, au-delà des paroles. Pourtant, une grande partie de ce qui nous est adressé provient de gestes, d’expressions du visage, parfois du corps en entier. Explorons ce monde de communication secrète que tous utilisent autant à la réception qu’à l’émission du discours.


Les premiers signes

L’homme de Cro-Magnon, à l’inverse de l’homme moderne, apprit le langage du corps avant celui de la parole. Quand il voyait quelqu’un dans le lointain, il scrutait les mouvements de l’intrus afin de déterminer le plus rapidement possible si l’étranger s’éloignait ou s’approchait. Les expressions du visage furent les premiers moyens de s’exprimer de sorte que, même encore aujourd’hui, la plupart des humains peuvent déceler une grande quantité de réactions et d’émotions seulement par l’expression faciale et gestuelle.


« Où qu’on aille dans le monde, on reconnait dans le visage la peur, la joie, la tristesse, le dégoût, la honte, la surprise, la stupeur et bien d’autres sentiments. »

Ce qu’on reconnaît déjà

Apprises depuis l’enfance, les expressions du visage nous révèlent, sans même qu’on y pense, les émotions, les humeurs et les états d’être. Où qu’on aille dans le monde, on reconnait dans le visage la peur, la joie, la tristesse, le dégoût, la honte, la surprise, la stupeur et bien d’autres sentiments.

Les gestes eux aussi participent au cirque de l’expression silencieuse. Ces derniers seraient, dit-on, exprimés une fraction de seconde avant la parole et agiraient d’eux-mêmes qu’ils soient utiles ou pas. Un bon exemple de cela est une personne seule, gesticulant au téléphone. Comme si les gestes ne s’adressaient pas seulement au récepteur, mais aidaient le locuteur à s’exprimer vu ou pas vu.


Le sous-texte

Où ça se corse, ce sont tous ces signes, plus subtils, auxquels on ne porte pas attention parce qu’on en ignore l’existence. On détecte bien certaines de ces démonstrations secrètes sans pouvoir en identifier le sens précis. « Il m’a dit ceci, mais quelque chose me disait qu’il mentait. » « Il sourit sur la photo, mais il n’a quand même pas l’air heureux. »

Plusieurs spécialistes du langage ont étudié en détail le langage non verbal. De ces recherches est née une science spécialisée dans l’art de déceler et de décrypter ce que dit le corps, indépendamment des paroles. Leurs analyses permirent d’identifier une grande quantité d’expressions verbales dont la signification avait toujours été ignorée.


« Ce ne fut qu’au début des années 90 que les mensonges détectés par les experts, grâce au non verbal, furent reconnus et que la justice commença à en tenir compte. »

Un des résultats les plus probants portait sur le visage lui-même. Il fut divisé en plusieurs sections qui s’expriment seules ou en conjonction avec une autre. De là naquit une expertise qui fut vite utilisée dans le domaine judiciaire. De sorte qu’au début des années 80, le FBI fut épaulé par ces nouveaux spécialistes de détection des mensonges chez les contrevenants. Ce ne fut qu’au début des années 90 que les mensonges détectés par les experts, grâce au non verbal, furent reconnus et que la justice commença à en tenir compte.

Ce qu’on dissimule

Par réflexe de protection, chacun de nous utilisons des diversions inconscientes afin de cacher quelque chose à notre interlocuteur. Le plus connu de ces mécanismes est la « disqualification transactionnelle ». Ça semble compliqué, mais après que vous l’aurez compris, vous pourrez facilement repérer cet agissement chez les autres et, à votre propre surprise, chez vous-même.

Le principe est assez simple, il consiste à répondre à un commentaire non prévu soit par une question ou une demande de répétition de la question. Cette réaction vise à créer une diversion nous permettant de trouver une réponse afin de trouver soit un mensonge ou une explication plausible.

Exemples :

Jeanne : « Qu’est-ce que tu faisais au restaurant avec Denise ? »

Pierre : « Ce que je faisais au restaurant avec Denise ? »

Ici Pierre ne s’attendait pas que Jeanne sache qu’il était avec Denise. Surpris que Jeanne l’ait appris, il se donne, inconsciemment quelques secondes afin de trouver une réponse échappatoire.

François : « C’est toi qui as appelé la police ce soir-là ? »

Claude : « Qu’est-ce que tu dis là ? »

Ici, Claude sait que c’est lui qui a fait cela et nécessite du temps afin de répondre sans se compromettre.

Désormais, si vous portez attention, vous repérerez facilement la « disqualification transactionnelle ». Sa plus simple expression se voit souvent par un simple « Quoi ? » à quelque chose dont on est certain que l’autre a bien compris la première fois. On répète donc la question même si on doute, ce qui donne le temps à l’autre de concocter rapidement une parade. Les gens qui connaissent déjà le stratagème vont souvent répondre : « Tu as très bien compris ! ».


« Parmi les centaines de gestes que nous faisons quotidiennement, certains sont révélateurs pour ceux qui savent les repérer. »

Des gestes révélateurs

Parmi les centaines de gestes que nous faisons quotidiennement, certains sont révélateurs pour ceux qui savent les repérer. L’une de ces gestuelles est le geste de gêne ou d’embarras. Tous en ont un, quel est le vôtre ? Pour moi, je vais porter ma main à mon nez comme si je devais le gratter; la reine Elizabeth, elle, tire le bord de son gant. Pour bien des gens, ce geste sera associé à quelque chose que l’on veut cacher. Par exemple, le geste timidité d’une personne qui n’aime pas sa dentition sera de la dissimuler avec sa main, même chose pour un gros nez ou tout autres défauts du visage qui nous font honte. En tenant compte de cela, amusez-vous à discerner ce geste chez les personnes publiques quand elles sont dans l’embarras.

Le pouvoir du regard

Quand j’étais petit, nous devions aller à l’église tous les dimanches, ce que je trouvais fort ennuyant. Jusqu’au jour où je découvris quand regardant fixement la nuque de quelqu’un la personne semblait incommodée et finissait par se tourner comme si de toute évidence elle se sentait épiée. Naturellement, cela devint pour moi une activité expérimentale qui rendait cette assemblée plus intéressante. Après quelques mois, ma théorie s’avéra. J’en arrivai à la conclusion qu’environ trois personnes sur cinq réagissaient à mes pressions invisibles et parmi ces « sujets » les femmes, et de loin, démontraient une beaucoup plus grande aptitude à réagir à cette stimulation de mon regard.

Je me demandai si c’était moi qui avais un pouvoir ou si tout le monde pouvait émettre cette énergie non tangible. Du côté des récepteurs, mes expériences prouvaient sans l’ombre d’un doute qu’à peu près tous avaient la faculté de sentir les regards. Je me mis donc à demander à tous les gens que je connaissais s’ils avaient déjà perçu, sans la voir, qu’une personne les regardait. Surprise, presque la majorité déclara, comme si c’était normal, que ça leur était arrivé.

« On lit déjà dans nos cellulaires, ne faut surtout pas qu’on puisse lire dans nos pensées ! »

J’étais ébahi. En présence de ce qui pour moi était presque ésotérique, le commun des mortels n'y voyait que du normal. Pourtant lorsque l’on parle de télépathie la société est incrédule et on n’y voit que de l’illusion et de la magie. Est-ce un aveuglement volontaire ? Peut-être qu’intérieurement l’humain appréhende certains de ses pouvoirs, qu’il craint inconsciemment ce qu’on pourrait en faire. On lit déjà dans nos cellulaires, ne faut surtout pas qu’on puisse lire dans nos pensées !

Apprendre à comprendre

Dans le domaine de la communication verbale, l’humain est à l’ABC de son apprentissage et on ne semble pas pressé d’en savoir plus. Peut-être est-ce que l’humain désire foncièrement conserver son « jardin secret », qu’il souhaite conserver l’intimité avec lui-même et pouvoir révéler seulement ce qu’il a murement décidé de rendre public. Ce super pouvoir, car c’en est un, tous l’ont mais ne l’exploite pas encore, jusqu’à aujourd’hui. Profitons donc du temps qu’il nous reste avant que les élans de nos âmes soient à tous exposés et qu’il n’y est plus de cachette pour nos mauvaises pensées.


Merci aussi à ceux qui ne m’ont pas lu.